Le polar français se porte bien, merci. Malgré quelques joyeux ratés (Truands; L'empire des loups; Pars vite et reviens tard...), des péloches comme le dyptique Mesrine de Richet, les derniers films de Jacques Audiard, Le convoyeur, 36 quai des Orfèvres, Les mauvais joueurs, Le petit lieutenant, La raison du plus faible, Un roman policier ou encore Une affaire d'état ont, par leur incroyable efficacité et leur encrage politique et social, donné un bon coup de pied au cul à un cinéma français trop morne, coincé la plupart du temps entre grosses machines formatées, comédies franchouillardes, films d'auteur sous Tranxen et tentatives louables mais le plus souvent vaines de réssuciter cinéma fantastique hexagonale de qualité. Réalisateur prometteur de Pour elle, succès surprise à sa sortie et thriller intimiste aussi intense que bouleversant, Fred Cavayé ajoute sa pierre à l'edifice avec A bout portant.L'histoire se rapproche sur certains points de celle de son précédent film. Un infirmier va être contraint de faire sortir de l'hopital un mystérieux truand s'il veut revoir sa femme en vie. Un pur pitch de série B qui va tenir le spectateur en haleine pendant une bonne heure et demie.
S'ouvrant sur une ouverture fracassante qui laisse sur le cul, A bout portant va droit à l'essentiel, ne relâchant jamais la tension jusqu'à une dernière bobine éprouvante pour les nerfs. Le film rappelle les meilleures séries B américaines de la grande époque, bandes d'exploitation ne prenant jamais le spectateur pour un con et lui procurant un shoot d'adrénaline sans encombrer son intrigue de palabres inutiles.
Tenant son récit d'un bout à l'autre sans fléchir et se débarassant des menus défauts de son premier film (les flashbacks qui tuaient le mystère de Pour elle sont ici collés au bon moment), Fred Cavayé se révèle comme un véritable artisan dans le sens le plus noble du terme, faisant preuve d'un véritable sens du cadre et du montage sans jamais céder à une esbrouffe gratuite et facile, trop souvent de mise dans les grosses productions actuelles.
Le metteur en scène dirige également ses comédiens à la perfection et parvient sans mal à sortir le meilleur d'eux-mêmes, d'un Gilles Lellouch impliqué comme jamais à un Roschdy Zem foutrement imposant en passant par Gérard Lanvin, parfait en pourriture intégrale et par des seconds rôles impeccables (Elena Ayana est resplendissante et fait preuve d'une incroyable intensité), c'est un sans fautes.
Dopé à l'adrénaline, spectaculaire, tendu comme un string et dôté d'une distribution épatante, A bout portant est un représentant exemplaire du polar à la française, prouvant que le cinéma de notre beau pays a encore de beaux jours devant lui et confirmant le talent de cinéaste de Fred Cavayé.











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